Cinq croyances sur les gouttières qui font perdre de l’argent aux propriétaires

Publié le 7 min Etienne Morel

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La plupart des propriétaires québécois prennent leurs décisions de gouttières sur la base d’idées reçues. Ces idées sont presque toutes fausses. Elles circulent depuis trente ans, se transmettent entre voisins, et coûtent collectivement des dizaines de millions de dollars en réparations qui auraient pu être évitées.

Je travaille dans le secteur depuis longtemps. La position que défendGouttières Grand-Montréal sur plusieurs de ces questions est minoritaire, mais elle s’aligne sur ce que des organismes comme CAA-Québec et la Régie du bâtiment du Québec recommandent dans leurs guides destinés aux consommateurs. Voici les cinq mythes que j’aimerais voir disparaître.

Mythe 1 : « Si ça coule, ça fonctionne »

C’est le plus répandu. Un propriétaire regarde l’eau sortir de sa descente pendant un orage, conclut que le système fait son travail, n’y pense plus.

Faux.

Une gouttière peut laisser couler 70 % de l’eau qui devrait passer par elle, et déborder le reste. Le débordement se produit aux endroits qu’on ne voit pas : derrière les fascias, le long du soffite, entre les sections vissées. L’eau qui n’arrive pas à la descente trouve d’autres chemins. Aucun de ces chemins n’est bon pour le bâtiment.

Le seul test fiable, c’est de regarder l’intérieur de la gouttière pendant qu’il pleut. Pas la sortie. L’intérieur.

Pourquoi les protège-gouttières font-ils si peur ?

Parce qu’on a vendu les mauvais pendant vingt ans.

Les premiers modèles disponibles dans les années 1990 et 2000 étaient des mailles en plastique fragiles, des écrans qui s’affaissaient sous la neige, des panneaux solides qui empêchaient l’eau d’entrer en cas de forte pluie. Ces produits ont laissé une mauvaise réputation à toute la catégorie.

Les systèmes actuels n’ont rien à voir. Les technologies Alu-Rex, par exemple, ont été testées sur des millions de pieds linéaires partout en Amérique du Nord. Les versions modernes utilisent des micro-perforations en aluminium qui laissent passer l’eau tout en bloquant les débris organiques. Elles supportent la charge de neige sans se déformer.

Un propriétaire qui dit « j’ai essayé les protège-gouttières une fois, ça ne marche pas » parle probablement d’un produit qui n’est plus sur le marché. Pour valider, demandez l’année d’installation. Si c’est avant 2010, l’expérience n’est pas représentative des produits actuels.

Mythe 3 : Les gouttières en aluminium et celles en acier galvanisé, c’est pareil

Pas du tout.

L’aluminium ne rouille pas. L’acier galvanisé, oui, dès que la couche de zinc commence à s’user. Sur la Rive-Sud et à Laval, où le mélange humidité-sel d’épandage attaque les métaux, l’écart de durée de vie peut atteindre dix ans. Un système en aluminium de qualité dure 25 à 30 ans. Un système en acier galvanisé installé dans les mêmes conditions, 15 à 20 ans.

L’aluminium d’un seul tenant, fabriqué sur place avec une machine portative, élimine en plus les joints qui sont les points de fuite numéro un. Pas de joints, pas de fuites aux joints. C’est une équation simple.

L’argument du prix initial revient souvent. Vrai : l’acier galvanisé coûte généralement 15 à 20 % moins cher à l’achat. Mais si on amortit sur la durée de vie réelle, l’aluminium revient toujours moins cher au pied linéaire par année d’usage. C’est arithmétique, pas une opinion.

« Mon entrepreneur en toiture peut s’en occuper »

Peut-être.

Mais probablement pas correctement.

La pose de gouttières est un métier en soi. Les calculs de pente, le choix du gabarit (5 pouces, 6 pouces, parfois 7 pouces pour les toits à forte pente), la fréquence et le positionnement des supports, le dimensionnement des descentes en fonction de la surface de toit drainée : tout ça relève d’une expertise spécifique.

Un couvreur compétent en toiture peut installer des gouttières adéquatement. Un couvreur compétent peut aussi laisser un système mal dimensionné qui fonctionnera pendant deux ans avant de devenir un problème.

Le métier de ferblantier, historiquement, est celui qui formait les poseurs de gouttières et de descentes pluviales. Cette tradition s’est diluée dans les corps de métier de la construction résidentielle. Aujourd’hui, les entreprises spécialisées dans les gouttières uniquement sont rares. Ce sont elles qui maintiennent le savoir-faire technique du métier.

Mythe 5 : « L’hiver, mes gouttières ne servent à rien »

Cette idée vient du fait qu’en hiver, l’eau ne coule pas dans les gouttières (elle est gelée), donc on conclut qu’elles ne travaillent pas.

Sauf qu’elles travaillent.

Les gouttières d’hiver ont trois fonctions actives. Elles supportent le poids de la glace qui se forme dans les sections où la neige fond et regèle, ce qui peut représenter 100 kilos par section de 10 pieds. Elles canalisent l’eau de fonte des cycles de gel-dégel qui surviennent même en janvier-février au Québec, surtout dans les secteurs urbains où les toits sont moins isolés. Elles évacuent l’eau du dégel printanier, qui est le volume d’eau le plus important de l’année pour beaucoup de bâtiments.

Une gouttière qui n’est pas conçue pour ces charges hivernales se déforme, se décroche, ou se fissure. Les systèmes en aluminium d’un seul tenant tiennent. Les systèmes vissés en sections, beaucoup moins.

Les barrages de glace, ces accumulations dures qui se forment au bord du toit pendant les redoux suivis de gels rapides, ajoutent une charge supplémentaire que les vieux systèmes en sections n’ont jamais été conçus pour absorber. Les propriétaires qui voient une gouttière s’affaisser après un hiver dur n’ont généralement pas un défaut de gouttière, ils ont un défaut de conception du système qui n’a pas tenu compte de ce qu’un hiver québécois moyen impose.

Pourquoi ces mythes survivent

Parce qu’ils sont arrangeants.

Croire que les gouttières fonctionnent tant que l’eau sort de la descente économise une inspection. Croire que les protège-gouttières ne servent à rien justifie de ne pas en installer. Croire que n’importe quel couvreur peut faire le travail évite de chercher un spécialiste.

Ces croyances ne survivent pas parce qu’elles sont vraies. Elles survivent parce qu’elles permettent de ne rien faire.

Le coût de ne rien faire, lui, ne se voit pas tout de suite. Il apparaît au bout de cinq ou dix ans sous forme de fascia pourri, de soffite à remplacer, de fondation à imperméabiliser, de plancher à refaire au sous-sol. À ce moment-là, le chiffre n’est plus de 4 000 $ pour un système de gouttières neuf. Il est de 25 000 $ ou plus pour une série d’interventions qui auraient toutes pu être évitées.

L’industrie des gouttières au Québec souffre d’un déficit de communication. Pas parce que les bons entrepreneurs manquent, mais parce que les mauvais ont parlé plus fort pendant trop longtemps. Mon objectif avec cet article, c’est de réduire un peu cet écart.

Le reste, c’est aux propriétaires de décider ce qu’ils en font.

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